Hier, inventer la vie dans le métro

Hier, et une fois n’est pas coutume, je dévisageais un inconnu dans le métro. Cela m’arrive fréquemment quand en face de moi se tiennent des visages atyiques, des vieillards sur les rides desquels on lit une histoire, des hommes qui sourient la machoire tirée vers le bas ou des bandes de filles riant vulgairement aux éclats.

Hier, comme souvent, je me suis mis à imaginer l’histoire, la vie de la femme qui se tenait devant moi dans le métro. Rentrer dans son appartement solitaire, ouvrir par reflexe la boîte aux lettres en guettant le relevé de chèques lui annonçant si ce mois ci, sa pension lui avait été versée. Rouler dans sa main le prospectus Carrefour sur lequel elle entourerait les produits qu’elle achèterait la prochaine fois qu’elle s’y rendrait.
Deux étages montés à pied, un tour de clé difficile dans la porte en bois vert qu’il faut tirer et soulever avant de pouvoir l’ouvrir, un tintement de clés jetés dans un vide poche en céramique grise, un imperméable à la poche droite légèrement décousue lancée à la volée sur le canapé de l’unique pièce. Passage par la salle de bains où les yeux déjà tombant de fatigue et d’épuisement s’affaissent un peu plus à la vue d’une crinière rousse indomptable et mal teinte. un vague coup de brosse vain alors qu’elle soupire. Un haussement d’épaules. Une résignation, pour ça comme pour la vaisselle qui continue de s’amonceler dans l’évier où stagne une eau de plus en plus trouble, comme pour ce cendrier qui déborde, comme pour ces sous-vêtements qui jonchent le pied du canapé.

Hier, à ce moment là, la femme s’est levée, est sortie du métro, les yeux vifs, le pas léger, s’est précipitée sur le quai dans les bras d’un jeune homme, l’a fougueusement embrassé alors qu’il caressait sa chevelure rebelle. Puis elle s’est penchée vers la fillette qui l’accompagnait, lui a tendrement déposé un baiser sur le front, lui a pris la main. Heureux, tous les trois se sont dirigés vers la sortie. Mon métro sonna, les portes se refermèrent et je poursuivis ma route.

Hier, comme souvent, j’ai imaginé la vie de mes voisins de métro et j’étais loin du compte.

Tags: perso ecriture
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  1. hier a publié ce billet