Hier, des feuilles, des livres, un kindle
Hier encore, je ne lisais que de livres. Romans brochés, souvent de poche, encore plus souvent des 10-18 (Jean-Claude Zilberstein, si tu le lis, tu es mon idole), peu de polars, encore moins de science-fiction, rarement des livres imposants, livres d’actu ou Gallimard fraîchement sortis en septembre et disponibles dans tous les bons Relay, bref, des volumes différents selon les genres mais toujours des livres.
Hier, ou plutôt depuis quelques mois, j’apprends à lire différemment. En premier lieu, j’apprends à me frustrer. J’ai la chance de côtoyer dorénavant plusieurs auteurs en devenir. Des personnes que leurs névroses diverses, leur ego parfois mais avant tout leurs tripes poussent à coucher sur le papier leur chair, leur âme, leur sang. Je lis alors au compte-goute leurs blogs, les mails sans fin que l’on s’échange, les textes qu’il me font l’amitié de me passer. Je ne suis plus maître de mes lectures. On m’abreuve petit à petit, je ne suis pas celui qui décide de lire, celui qui ferme le livre. Le rythme s’impose à moi. C’est un retour aux contes d’enfances lus par les parents. On s’installe confortablement, on se met à rêver aux histoires que la douce voix qui nous berce nous narre jusqu’à ce que le livre claque, brutalement, au milieu de l’action, jusqu’à ce que la lumière s’éteigne, jusqu’à qu’on dépose un baiser sur notre front en ignorant totalement l’angoisse qui naît au fond de notre corps, celle de savoir … mais après ?
Hier, c’était la même chose, je lis des chapitres, des extraits de recueils, des bribes d’essais mais on coupe régulièrement ma perfusion. Je suis en manque. J’apprends à me sevrer, à patienter le temps que mes dealers me fournissent une nouvelle dose de fiction, la suite de ces histoires.
Hier, au-delà des feuillets, j’ai aussi décidé d’attaquer un roman gros comme un dictionnaire. Autant dire que le tenir allongé dans mon lit m’épuise déjà, je n’ose le transporter pour le lire dans le métro, dans la rue ou à chaque fois que j’en ai l’occasion. Bref, l’amoureux du papier que je suis a craqué hier pour un kindle bien résolu à ne plus jamais transporter de parpaings littéraires dans sa sacoche.
Hier enfin, j’ai remarqué que je digressais énormément et que mon challenge ABC n’était passé que de 3 à 4 bouquins accomplis ces deux dernières semaines… J’ai pourtant dévoré les pages avec une rare passion, une rage sans commune mesure mais cette voie transversale ne me permettra pas de réaliser un second challenge complet cette année. Et puis qu’importe, j’aurai lu des choses exceptionnelles et parfois inédites et c’est bien là l’essentiel