Hier, le dernier jour

Hier, elle s’est servie de moi pour la dernière fois. M’a effleuré de ses doigts désormais livides. Tel un baiser d’adieu, m’a porté à ses lèvres comme elle avait fait si souvent auparavant, quand elle réfléchissait intensément ou se perdait dans les tendres rêveries qu’elle ne connaissait désormais plus. Elle aimait souvent me mordre légèrement; j’en ai gardé les traces.

Hier, dans sa main, je remplissais mon rôle, j’étais son objet dévoué, répondant exactement comme je le faisais depuis toujours au moindre de ses mouvements. J’exécutais avec une précision parfaite tout ce qu’elle exigeait de moi. Je suivais ses courbes, obéissant à chacun des ordres qu’elle me donnait, d’un simple geste de la main. A deux reprise, elle m’a guidé jusqu’à son oreille pour que je replace une mèche de cheveux. J’aimais me perdre dans ses boucles blondes.

Hier, quand elle en eût fini avec moi, après m’avoir usé, fait tourner la tête et littéralement vidé, elle m’a négligemment abandonné. Elle s’est retournée, a saisi la corde avec ces même doigts qui me caressaient si souvent. Je regardai sans pouvoir bouger, impuissant. Je la voyais monter sur le tabouret, saisi d’effroi. Je ne pouvais lever la tête pour voir l’intégralité de la scène et depuis, je reste là, à contempler ses doigts qui me semblent encore trembler parfois et les jambes pendantes.

Hier, c’est avec moi qu’elle a écrit sa dernière lettre. Je serai le témoin, le co-auteur cette lettre d’adieu. Mon encre noire, étalée avant qu’elle ne sèche par ses mouvements de poignets avait tracé ses derniers mots. Je n’ai jamais su lire, seulement écrire et regrette de ne pas comprendre son geste. Je ne sais pas non plus ce qu’il adviendra de moi. Peut-être suis-je condamné à mourir avec elle. Pourquoi ?

Comments
blog comments powered by Disqus